Débat sur l’éthique des inspecteurs au CSN de mars 2012

mardi 3 juillet 2012

Le Conseil syndical national (CSN) des 22 et 23 mars 2012 était axé sur le thème « Manager, servir, évaluer ». Parmi les débats organisés pour explorer ce thème, il y eut un débat sur l’éthique des inspecteurs, avec un invité important : Jean-Yves Langanay, responsable au sein de l’association Éducation & Devenir. Au cours de sa carrière professionnelle, Jean-Yves Langanay a été IA-IPR et chef d’établissement. Dans le cadre de son association, il a particulièrement travaillé sur la question de l’éthique des personnels d’encadrement de l’Éducation nationale.

Le débat a été retransmis en direct pendant le CSN sur notre compte Twitter. En voici la reprise intégrale. On notera qu’au moment du CSN, les élections présidentielles et législatives n’avaient pas encore eu lieu. Le ministère Chatel était toujours aux commandes, avec la politique que l’on sait et le projet de poursuivre son développement.


Le SNPI-FSU est favorable à une réforme de l’évaluation des enseignants, mais pas celle-la.

Aucune réforme de l’évaluation ne peut se faire sans concertation constructive avec les acteurs.

L’évaluation de l’acte professionnel enseignant a une dimension très particulière liée à son objet pédagogique.

Pour cette réforme, la stratégie du ministère a été de morceler les éléments pour cacher la finalité idéologique libérale.

La réforme proposée n’évalue plus l’acte pédagogique, mais l’individu chargé de cet acte sans observer cet acte.

L’intervention de l’inspecteur dans la dimension pédagogique de l’évaluation serait évacuée à la marge.

Même l’évaluation collective de l’établissement ou de l’équipe pédagogique doit comporter une dimension formative affirmée.

L’inspecteur ne fait pas que de l’évaluation de contrôle, il est aussi un formateur.

Le MENJVA promeut actuellement des outils d’évaluation ahurissants, avec des grilles d’indicateurs irréalistes.

L’objectif politique est aussi de standardiser les cadres de service public sur le modèle du manager d’entreprise.

La souffrance constatée chez les enseignants par rapport à l’acte d’inspection doit être sérieusement prise en considération.

L’évaluation par inspection doit apporter des éléments positifs, valorisant et source de progrès.

Au-delà de notre charte pour une éthique de l’inspection, il faut travailler avec les enseignants un nouveau mode d’inspection.

Dans le projet politique mené par le MENJVA actuel, il y a en germe la disparition des inspecteurs pédagogiques. Gênants ?

L’inspecteur dans la classe doit apporter un regard humain aux côtés de l’enseignant. Cf. notre charte éthique.

On ne peut pas noyer la sphère scolaire dans une indifférenciation du management de la fonction publique.

L’évaluation d’école présentée comme une nouveauté n’est pas nouvelle. Depuis 1989, elle est en jeu dans le projet d’école.

Intervention de Jean-Yves Langanay pour Éducation & Devenir sur la question de l’éthique.

La pratique politique actuelle met à rude épreuve la question de la loyauté des cadres de l’éducation nationale.

Rappel de l’épisode concernant les déboires du recteur Morvan et de l’IA-DSDEN du Rhône avec le ministère.

La haute fonction publique peut-elle vivre dans le style d’un régime de courtisanerie ?

Plusieurs indices tangibles laissent penser que la pratique des écoutes administratives des cadres a pu avoir lieu.

On doit se souvenir du rapport récent de l’IGEN sur le malaise des inspecteurs du second degré.

Dernièrement, le groupe Jean Zay, composé de haut fonctionnaires du MENJVA, a produit une tribune dans la presse.

Le phénomène des désobéisseurs, discutable sur l’aspect "pratique libérale", interroge la légitimité de la parole officielle MEN.

La question de l’estime de soi chez l’enseignant doit être prise en considération dans l’identité professionnelle.

La conscience professionnelle de l’enseignant supporte mal le regard extérieur et la réduction au statut de fonctionnaire.

L’aspect "boîte noire" de la classe est une caractéristique ontologique du système scolaire qu’il faut interroger.

La réputation de l’enseignant s’établit aussi en dehors de l’établissement par le truchement du regard des parents.

Le dialogue "parents et enseignants" doit s’appuyer sur le respect des rôles de chacun et donc de leur reconnaissance.

L’appréciation littérale du chef d’établissement dans son évaluation administrative porte une charge très importante pour le prof.

La question d’une réforme de l’évaluation est pertinente, mais elle a été très mal portée par le MENJVA et la DGRH.

L’aspect "chef-d’œuvre" éphémère de la leçon d’inspection, la rareté de l’inspection, la dimension "absolue" du regard inspecteur…
… sont des dimensions à réformer.

Les inspecteurs doivent être formés dans les dimensions didactiques et pédagogiques pour apporter quelque chose.

Le rapport écrit doit s’appuyer sur du factuel (et non des impressions) et donner des propositions de conseil.

L’inspecté doit pouvoir être acteur de son évaluation, notamment dans l’analyse des résultats des élèves et du contexte.

Le recrutement des cadres de l’éducation n’est pas sans conséquence. Il faut le soigner pour repérer qualités humaines et profes.

Les référentiels métiers, même si intéressants, masquent l’intégration des capacités décrites et créent le vertige.

Les cadres doivent être armés "idéologiquement" au-delà des compétences techniques. Un socle de valeurs est indispensable.

Il faut promouvoir un "management par la confiance" — Fin de l’exposé de JY Langanay. Débat.

Ce qui fonde le métier de l’inspecteur, c’est la déclaration des Droits de l’Homme de 1793…

La responsabilité du fonctionnaire se légitime par la loi et par le soucis du bien public.

N’importe qui peut-il diriger un établissement, n’importe qui peut-il évaluer l’enseignement sans légitimité pédagogique ?

Dans le projet de la DGRH sur l’évaluation, il y a une attaque implicite contre les inspecteurs : la loyauté est mise à mal.
Appliquer les instructions du gouvernement ne devrait pas poser de problème. Les légitimer pédagogiquement "a posteriori" pose pb.

La légitimation "rhétorique" en tant que manipulation intellectuelle est contraire à l’éthique.

Les choix politiques du gouvernement répondent à une légitimité politique en soi qui n’a pas à être "camouflée" par les cadres.

Le ministre Chatel a gravement disqualifié les inspecteurs en affirmant que l’inspection est un simulacre. Quid de la loyauté ?

L’évolution de la tension politique depuis les années 2000 a fragilisé la relation de loyauté entre les cadres et le ministère.

On ne doit pas faire l’économie de la question des résultats des élèves. Mais on ne doit pas les réduire à des scores.

Les évolutions des résultats et leurs dynamiques doivent être appréhendées pour apprécier la valeur de l’enseignement.

L’évolution du métier d’inspecteur doit être appréhendée en systémique et pas uniquement en autonomie corporatiste.

La politique ne peut pas se réduire à la pédagogie pour comprendre la politique éducative : exemple du pb du socle commun.

L’immense habileté du ministère est de vouloir prétendre que ses réformes ne sont que techniques en les divisant.

Il les accommode aussi avec une petite goutte de miel pédagogique qui n’est qu’un attrape-mouche. Il faut le comprendre.

Exemple : la personnalisation mise en œuvre ne sert pas vraiment les élèves à besoins renforcés quand elle supprime les RASED.

Le projet politique de l’école obligatoire est un enjeu fondamental dans le débat national qui ne se réduit pas à de la technique.

Il y a du débat idéologique légitime dans ces questions qui touchent à la politique éducative. Il faut l’accepter pour avancer.

Dans l’actuelle réforme de la gouvernance, le département tend à être évacué. La personnalité du recteur est promue politiquement.

Dans les académies où la nouvelle gouvernance est très engagée, elle se traduit aussi par un management injonctif à chaque niveau.

Là encore, légitimité et loyauté sont mises en tension. La généralisation des contrats d’objectifs partout en est le vecteur.

La polysémie des mots "autonomie", "management", "école fondamentale", "socle", "gouvernance" est redoutable dans ses effets.

L’intelligence des cadres de la fonction publique est déniée par la politique actuelle qui ne veut que de l’application directe.


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