Colloque de Genève sur le contrôle du travail des enseignants

dimanche 12 septembre 2010

Les 4 et 5 juin 2010, à l’université de Genève, le laboratoire LIFE (laboratoire innovation formation éducation) organisait le 1er colloque international sur l’innovation dans les métiers de la formation et de l’éducation. Ce colloque avait pour thème :Le contrôle du travail des enseignants : contribue-t-il à la professionnalisation de leur métier ?

Notre collègue Michel Duby, membre de la Commission Administrative Nationale du SNPI-FSU, nous a représentés activement au colloque où il a retrouvé notre collègue Dominique Senore qui intervenait au titre de l’IUFM de Lyon.

Michel Duby nous rend compte ici des débats du 4 juin à partir des exposés Enseigner, un métier incontrôlable ? et Contrôler, un sale boulot ?

Notre Charte pour une éthique des corps d’inspection s’inscrivait évidemment dans les problématiques étudiées.

Premier exposé : Enseigner, un métier incontrôlable ?
Claude Lessarh de l’université de Montréal
Le contrôle du travail des enseignants au Québec

En ouverture de ce colloque qui s’est déroulé à l’université de Genève le 5 juin 2010, Claude Lessarh fait l’historique du contrôle des enseignants au Québec depuis les années cinquante. C’est la conformité de la pratique qui a été dans un premier temps prioritairement vérifiée, une visite ecclésiastique complétant l’inspection.

A partir de 1960, le contrôle devient un temps d’échanges au cours duquel le conseil pédagogique occupe une place essentielle ; la bureaucratie et l’autoritarisme s’effacent, un régime de confiance s’installe. Les difficultés en contrepartie sont minimisées.

Progressivement, afin de mieux analyser les pratiques, des indicateurs choisis permettent de mesurer la performance des maîtres.
La légitimité du contrôle associée à l’autorité a disparu au profit de l’évaluation de l’efficacité de l’enseignement.

Deuxième exposé : Contrôler, un sale boulot ?

Parmi les intervenants de l’après-midi, Anne Barrère de l’université de Paris-Descartes, auteur de l’ouvrage « Sociologie des chefs d’établissements », Marie-Anne Leduby de l’école des Cadres Missionnés de Paris et Dominique Senore, de l’IUFM de Lyon.

En tant qu’ancien inspecteur de l’Education Nationale, ce dernier a positionné délibérément le travail de l’IEN du côté de l’aide et de l’accompagnement des enseignants qui ont le rôle de vigies, face aux difficultés sociales. Dans ce contexte, le « risque pédagogique » devrait être soutenu.

Il regrette que les rapports d’inspection en France portent essentiellement sur les activités de français et de mathématiques.

D’emblée, Dominique a tenu à affirmer que le contrôle était nécessaire, légitime… ; cependant, 48 % seulement des enseignants pensent que la visite de l’inspecteur participe à une évolution positive de leurs pratiques.

En raison du manque de confiance constaté, les missions de pilotage, de management sont affaiblies.

Bien que tous les IEN ne se positionnent pas de la même manière, les enseignants leur reprochent une certaine « malveillance », voire un « autoritarisme » qui peut se rapprocher du « despotisme ».

Il faut donc refonder l’ensemble de notre pratique sur un paradigme éthique.

Dominique Senore a alors proposé le respect d’un code déontologique dans lequel seraient rappelés quelques principes :
✔ promotion des actions pédagogiques et éducatives novatrices ;
✔ promotion des ressources humaines en lien avec la gestion des personnels ;
✔ repérage et valorisation des relations partenariales, des rencontres avec les « usagers » de l’école ;
✔ encouragement de la formation permanente et de la recherche pédagogique.

Il cite Perrenoud qui écrivait en 1998 :

« L’inspection comme évaluation est une clé et l’on ne pourra pas changer l’école sans changer l’évaluation des maîtres.
L’évaluation traditionnelle est un verrou important qui interdit ou ralentit toutes sortes de changement. Le faire sauter, c’est donc ouvrir la porte à d’autres innovations. »

Dominique a ensuite évoqué la charte du SNPI qui, selon lui, ajoute une dimension éthique à l’acte d’inspection et annonce de possibles changements.

Les exemples de comportements désastreux de « barons » IEN, cités par Dominique ainsi que par d’autres intervenants concernant le « sale boulot » du contrôle m’ont conduit à préciser ma conception de l’inspection qui semble être assez proche de celle de mon syndicat ; je me suis bien sûr appuyé sur les articles de la charte dont j’ai évoqué les conditions de rédaction.

J’ai tenu à déclarer qu’il ne m’était pas facile d’intervenir en tant qu’inspecteur alors que la salle semblait acquise à une représentation de l’inspectorat peu glorieuse.

S’il y a « sale boulot » dans notre métier, il ne se situe pas du côté du contrôle ou de l’évaluation des personnels mais plutôt du côté de l’application de politiques qui conduisent à justifier l’injustifiable : nous sommes chargés de mettre en oeuvre la Révision Générale des Politiques Publiques.

J’ai alors été amené à expliquer la disparition des maîtres spécialisés, celle de la formation continue puisque nous ne disposons plus de remplaçants, l’absence de moyens pour accompagner les projets pédagogiques et les déplacements des maîtres itinérants. Les inspecteurs vont maintenant devoir gérer la récupération de postes devant élèves...

Concernant l’acte d’inspection lui-même, conformément à la charte proposée par le Syndicat National des Personnels d’Inspection, « Pour une éthique des corps d’inspection », les inspecteurs du SNPI se situent du côté de l’évaluation formative, voire formatrice.

Il s’agit dans les classes de souligner le travail réalisé, les réussites des élèves.

Pour créer un climat de confiance, il faut accepter de consacrer un temps relativement long à l’observation de la classe (une demi-journée) et de pratiquer l’entretien d’explicitation qui nécessite une heure.

Nous sommes loin du contrôle tel qu’il a été évoqué jusqu’alors au cours de cette journée puisque l’inspection devient un temps de formation qui s’appuie sur l’échange, l’écoute, la confiance...

Cela n’empêche nullement l’inspecteur de rappeler, lorsque cela est nécessaire le cadre institutionnel, quand ce dernier n’est pas respecté.

Cette pratique n’est cependant pas généralisée ; elle s’oppose aux objectifs chiffrés en termes d’inspections contenues bien souvent dans les lettres de mission qu’imposent les inspecteurs d’académie, soucieux de rentabiliser les temps des inspecteurs de l’Education Nationale dans un souci d’affichage.

Dans ce contexte, le nombre d’inspections doit être renégocié à la baisse ; ce moment privilégié de formation doit être un incontestable moyen d’améliorer l’efficacité de l’enseignement.

N’est-ce pas la première mission des corps d’inspection ?


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