Notes et cacophonie dans la politique éducative : sachons garder le sens des enjeux

samedi 19 mars 2011
par  SNPI-FSU3

À l’initiative généreuse de l’Afev, plusieurs personnalités du monde scientifique et culturel viennent de lancer un appel vibrant pour la suppression des notes à l’école primaire. Immédiatement, le ministre de l’Éducation nationale a communiqué une fin de non-recevoir fondée sur l’intérêt qu’il prête à la notation chiffrée et sur l’existence parallèle d’une évaluation par compétences liée au socle commun et au livret personnel de compétences qui l’accompagne.

Le SNPI-FSU, dont les adhérents inspectent chaque année plusieurs milliers d’enseignants et de classes des écoles primaires, souhaite rappeler certaines réalités.

Aucun texte officiel en vigueur n’impose ou n’interdit l’évaluation des résultats des élèves des écoles maternelles et élémentaires par une notation chiffrée sur 10 ou sur 20. Depuis 1990, la réglementation dispose seulement que les maîtres des classes doivent renseigner le livret scolaire de chaque élève (distinct du livret du socle) où ils inscrivent « les résultats des évaluations périodiques » ainsi que des « indications précises sur les acquis des élèves ». L’évaluation par notation chiffrée traditionnelle n’a cessé de perdre du terrain au profit de l’identification de la nature et de la qualité des acquis constitués par les connaissances et les capacités à les mobiliser : ce que l’on appelle les compétences. La notation chiffrée est aujourd’hui devenue une pratique minoritaire à l’école primaire. Très souvent, les maîtres ne l’utilisent qu’en fin de cycle 3 pour préparer leurs élèves au système de notation sur 20 en vigueur dans le second degré. Quoi qu’il en soit, aucune instruction ne demande aux inspecteurs de sanctionner ou de promouvoir un enseignant parce qu’il utilise ou non l’évaluation par notation chiffrée. L’essentiel demeure le suivi des élèves et leurs apprentissages. Dans les faits, les inspecteurs tendent plutôt à diffuser les savoirs scientifiques issus de la docimologie pour permettre aux enseignants de mieux comprendre les enjeux de l’évaluation des acquis des élèves. Libre à eux d’adopter le système d’évaluation de leur choix dans le cadre de la réglementation qui demeure ouverte en la matière.

Le SNPI-FSU estime en l’occurrence que cette question, importante pour l’estime de soi et la dynamique de l’élève, n’est pas la plus cruciale du moment. En revanche, il s’inquiète de la dégradation continue du capital humain qui compose l’essentiel de l’infrastructure scolaire. Les diminutions permanentes et massives d’effectifs d’enseignants à l’école primaire, alors que l’investissement budgétaire national à ce niveau scolaire est déjà en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE, constituent un problème autrement redoutable pour la qualité de notre enseignement. Un récent rapport de la Cour des comptes a montré que la justification de ces suppressions massives par des motifs budgétaires était très relative tant au regard des sommes « économisées » qu’au regard des enjeux pour l’avenir de notre pays.

Les fausses querelles, impulsées ou entretenues par le ministère, ne doivent pas constituer un écran de fumée médiatique pour cacher les véritables problèmes auxquels notre école doit faire face. Le projet de loi de finances 2011 prévoit la suppression de près de 9000 emplois de maîtres du primaire dont cette fois une énorme partie sera directement soustraite aux classes. Voilà une évaluation chiffrée bien réelle et vraiment problématique dont on doit s’inquiéter et dont les inspecteurs s’inquiètent, car ils seront directement confrontés à ses conséquences concrètes et délétères sur le terrain.

La commission administrative nationale,
Les Lilas, le 19 novembre 2010


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