Quel est le socle fondateur d’un syndicalisme de retraités ?

mercredi 25 mai 2011
par  SNPI-FSU2

Historiquement les grandes centrales syndicales ont toujours eu soin de s’occuper de leurs retraités, le plus souvent par métiers – les cheminots, les électriciens gaziers, … - et autour d’activités conviviales. Il faut attendre 1969 pour que la CGT crée l’UCR-CGT ( union confédérale des retraités CGT ) dont le premier congrès se déroulera ... en 1982. L’UCR-CFDT a été déclarée aussi en 1969. Pour la CGT-FO il faudra attendre 1989. Depuis 1936 la fédération générale des retraités de la fonction publique ( FGR-FP ) syndiquait les retraités des trois fonctions publiques.
Toutes les UCR sont affiliées à la fédération européenne des retraités et personnes âgées ( FERPA ).

L’organisation fédérale des retraités de la FSU est bien entendu plus tardive compte tenu de son histoire ; comme dans les autres confédérations les retraités étaient néanmoins réunis par leurs syndicats et fédéralement au sein d’un « secteur retraités » ; de nombreux syndicats de la FSU étaient par ailleurs adhérents de la FGR-FP. Il a fallu attendre le congrès de Marseille en 2007 pour que soit créée la SFR, section fédérale des retraités, renforcée au congrès de Lille en 2010.
Qu’est-ce qui a conduit à organiser de manière plus « statutaire » des retraités ? Tout d’abord le départ à la retraite des baby boomers a profondément modifié la structure des adhérents dans les syndicats dont certains enregistrent jusqu’à 25% d’adhérents retraités. Ces adhérents sont des enfants de la libération, du CNR, de mai 68 et ont des convictions syndicales et politiques fortes dont ils n’entendent pas se séparer à la retraite. Ce sont eux qui ont exigé d’avoir toute leur place au sein des organisations d’autant que des études ont montré que les retraités qui restent syndiqués sont la plupart du temps ceux qui au cours de leur activité ont exercé des responsabilités dans leur organisation syndicale. C’est d’ailleurs aussi le cas des retraités qui sont dirigeants dans le mouvement associatif. En même temps les confédérations ont constaté la montée d’ associations de retraités, souvent implantées en milieu rural ( les aînés ruraux par exemple ) qui ont prétendu être représentatives des retraités ; elles ont peu à peu investi les instances locales qui traitent des questions de retraités et personnes âgées dans lesquelles les syndicats ont eu du mal à se faire admettre par des collectivités locales peu promptes à faire entrer le loup dans la bergerie. La représentation dans ces instances, selon le mode de fonctionnement démocratique des syndicats, suppose des mandats élaborés lors de congrès. Il devenait donc nécessaire d’organiser la réflexion sur les questions spécifiques des retraités et personnes âgées tels que les maisons de retraite ou la perte d’autonomie, domaines peu familiers aux actifs. Ajoutons pour être complets que dans certains pays des partis politiques de retraités ont été créés ; c’est le cas de l’Autriche, de la Hongrie, de la Tchéquie...Or le programme de ces partis est uniquement adressé aux retraités ce qui n’est pas dans l’esprit du syndicalisme.
C’est donc un double mouvement qui a amené à fonder le syndicalisme des retraités : une exigence des retraités eux-mêmes et une prise de conscience de la part des confédérations que si elles ne répondaient pas à ces exigences elles prenaient le risque de voir les retraités s’organiser ailleurs.

Quelle différence avec le syndicalisme des actifs ?

Dans toutes les organisations syndicales de retraités le premier principe posé est celui de la solidarité avec les actifs. Je pense que ce principe n’a jamais été démenti au vu de la présence nombreuse et fidèle des retraités dans les manifestations comme on l’a encore remarqué lors du récent mouvement social sur une question qui soi-disant ne les regardait pas.
Les retraités sont toujours attachés à leur métier et c’est avec leur collègues qu’ils se sentent le mieux et j’en connais beaucoup qui « font les petites mains » et donnent de leur temps à leur syndicat.
Ceci dit il reste que les problèmes de retraités et personnes âgées sont spécifiques et peu familiers aux actifs qu’entre nous on pourrait attendre un plus nombreux à nos côtés lors de nos luttes comme la revalorisation des pensions par exemple.

Cette question de la spécificité du syndicalisme des retraités n’est pas très documentée c’est la raison pour laquelle la SFR lors des journées d’automne a mis en place deux groupes de travail, l’un sur le thème « syndicalisme et retraités », l’autre sur celui de « l’activité des retraités » afin de comprendre la manière dont les adhérents retraités entendent vivre leur syndicalisme et comment ils le perçoivent actuellement autrement dit comment la fédération ou les syndicats prennent en compte leurs demandes. On peut se faire une première idée à travers un questionnaire auquel plus de 1000 adhérents retraités ont répondu ( Marylène Cahouet, Jean Pierre Billot, journées d ’automne 2009 ). Un des premiers constats est qu’ il semble que les syndicats nationaux n’aient pas pris toute la mesure de l’enjeu du syndicalisme des retraités qui ne sont pas que des « plieurs de tracts » ou des cotisants qui apportent de l’argent. Le travail se poursuit et nous permettra d’affiner une réflexion qui n’en est qu’à ses débuts. L’étude du syndicalisme des retraités dans les autres pays européens est aussi très intéressante ; un syndicaliste retraité italien de la CGTI invité aux Journées d’automne de la SFR nous a présenté un syndicalisme à la fois solidaire des actifs mais aussi très proche de l’esprit associatif en ce qu’il offre des prestations telles que des vacances, des activités culturelles, de loisir, des voyages mais aussi des aides sociales. Est-ce la raison de son succès ? Sur 5 millions de syndiqués la CGTI a 3 millions d’adhérents retraités ! Faut-il aller vers cela ? Certains posent la question.

Quelles sont les forces et les faiblesses du syndicalisme des retraités FSU ?

Du côté des forces je mettrais un haut niveau de conscience syndicale et politique de la part d’adhérents qui pour la plupart sont d’anciens dirigeants ou militants actifs qui ont connu un syndicalisme fort du nombre de ses adhérents et de ses luttes victorieuses. Je suis coordonnatrice d’une SFR départementale et suis toujours impressionnée par le niveau des débats dont j’avais perdu l’habitude au sein de mon syndicat il est vrai submergé par le quotidien. Je mettrais aussi du côté des forces un syndicalisme inter confédéral uni même lorsque les centrales ne le sont pas.

Du côté des faiblesses on peut regretter que beaucoup de syndiqués actifs nous quittent lorsqu’ils partent en retraite ; c’est un des points sur lesquels nous avons le plus à réfléchir ; l’enquête à laquelle je faisais allusion précédemment devrait nous aider à comprendre pourquoi. Je mettrais aussi du côté des faiblesses un syndicalisme qui se cherche ou du moins qui cherche sa place au sein de la fédération et des syndicats. La SFR c’est le « 3e syndicat » de la FSU en nombre d’adhérents, environ 22000 or les retraités se sentent « sous tutelle », « chaperonnés » par les actifs. C’est ressorti fortement au moment de la préparation du congrès de Lille ; dans certains syndicats les retraités ne sont pas représentés dans les instances ; au CDFN il n’y a pas de représentants des retraités il n’y a que des délégués des syndicats dont certains sont retraités, ce qui est mon cas. C’est le choix qui a été fait à Marseille : ce n’est pas la FSU qui syndique les retraités mais les syndicats de la FSU ; c’est donc aux syndicats de donner leur place aux retraités dans les instances. Je pense qu’il s’agit là de problèmes de « jeunesse » et que peu à peu les retraités auront toute leur place ; nous avons vu qu’à la CGT il a fallu 13 ans avant que l’UCR tienne son premier congrès.

Une autre de nos faiblesses réside dans le fait que nationalement – contrairement à ce que nous constatons sur le terrain - nous ne sommes pas reconnus par les UCR en tant que SFR-FSU pour la bonne raison que des syndicats de la FSU sont adhérents de la FGR-FP sensée donc nous représenter. Il est vrai que nous sommes en passe de devenir majoritaires à la FGR-FP et qu’alors la question se reposera....
On peut enfin ajouter le fait que nous ne soyons pas adhérents de la fédération européenne des retraités et personnes âgées. Maintenant que le principe de cette adhésion a été voté par le CDFN nous demanderons l’adhésion de la SFR-FSU à la FERPA.

Comment avez-vous vécu le mouvement sur les retraites ?

Les retraités ont été d’une fidélité sans faille !! Ils n’ont pas du tout apprécié que le gouvernement leur signifie que ce n’était pas leur affaire et ont fait preuve d’une solidarité intergénérationnelle à toute épreuve. La question des retraites ils la connaissent beaucoup mieux que les actifs ; ils sont passés par là ; ils ont fait des calculs, compté les trimestres, les enfants, les avantages familiaux...Dans de nombreux départements ce sont eux qui font des permanences pour informer les actifs. Les plus jeunes retraités – surtout des femmes - ont déjà mesuré les dégâts de la décote sur leur pension ; qui mieux qu’eux peut donner l’alerte ?
Mais surtout les retraités syndiqués, sensibles par leur expérience des luttes aux indices qui annoncent les évolutions d’un mouvement revendicatif, ont senti que les revendications allaient bien au-delà des retraites et que seule une opposition générale à la politique de ce gouvernement pouvait expliquer la montée en puissance du mouvement et le renversement de l’opinion publique au fur et à mesure du temps. Je pense qu’ils ont aussi apprécié l’unité syndicale. Ils sont prêts à se mobiliser à nouveau sur la protection sociale et tout particulièrement la question de la perte d’autonomie. Les retraités syndiqués vont faire de 2011 une année d’interpellation des politiques sur la base de plateformes revendicatives ambitieuses afin de préparer dans les meilleures conditions l’alternative de 2012.


Interview de Catherine Lecointe, SNPI-FSU, membre du collectif d’animation de la SFR


Source : Nouveaux regards – janvier 2011


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